Manifeste pour la Terre et l'humanisme - pierre rabhi

Vers la sobriété heureuse - pierre rabhi

Les livres : En France, Pierre Rabhi contemple un triste spectacle : aux champs comme à l'usine, l'homme est invité à accepter une forme d'anéantissement personnel à seule fin que tourne la machine économique. Au lieu de gérer et répartir les ressources communes à l'humanité en déployant une vision à long terme, elle s'est contentée, dans sa recherche de croissance illimitée, d'élever la prédation au rang de science. Le lien viscéral avec la nature est rompu ; cette dernière n'est plus qu'un gisement de ressources à exploiter - et à épuiser. Au fil des expériences, une évidence s'impose : seul le choix de la modération de nos besoins et désirs, le choix d'une sobriété libératrice et volontairement consentie, permettra de rompre avec cet ordre anthropophage appelé "mondialisation".  Ainsi pourrons-nous remettre l'humain et la nature au coeur de nos préoccupations, et redonner enfin au monde légèreté et saveur.

Pierre Rabhi défend dans ses livres un mode de société plus respectueux de l'homme et de la terre et soutient le développement de pratiques agricoles (agroécologie) respectueuses de l'environnement et préservant les ressources naturelles. Conscient de la spirale infernale qui entraîne l'homme dans un mode de consommation superflue et toujours croissant qui devient le but de la vie et non la vie, il choisit de se retirer lui-même avec sa femme en Ardèche (dans les années 50) pour vivre sobrement. Pour sûr Rabhi n'est pas un révolutionnaire, ni un violent et c'est avec son petit bélier (stylo, cours, conférences..) qu'il enfonce quelques portes ; déjà ouvertes diront certains, toujours bon d'enfoncer le clou diront d'autres. Il dénonce aussi sans ménagement l'imposture de la modernité qui nie les acquis passés mais positifs « comme si le génie de l'humanité n'avait été avant nous qu'obscurantisme, ignorance et superstition", tout comme le font les politiques aujourd'hui en essayant systématiquement, telle la main divine qu'il se prête, de gommer les traces de leur(s) prédécesseur(s). Bien qu'il se défende de toute nostalgie du passé, on sent quand même que le "Retour à la Terre" est sa Terre Promise, et c'est peut-être, mais je suis mal placée pour avoir un avis en fait tellement c'est compliqué, le point le plus délicat de son message ; On ne peut lutter contre certains changements de la société, l'évolution des moeurs et des techniques, mais je partage son retour à la morale, son point de vue "libérateur" d'un monde plus sobre et plus sain. C'est sûr que la boulimie de "toujours plus" engendre l'épuisement, la frustration, l'insatisfaction et le malheur, on le voit tous les jours, et on le vit parfois soi-même hélas.

En conclusion, il en ressort la grande sincérité et douceur de l'auteur, son implication pour l'Homme, la Femme, la Terre, son mode de vie au plus près de la simplicité qui est "une source de réflexion et un exemple tangible d'alternative libératrice et joyeuse face à une mondialisation anthropophage" et qui reste en accord avec ce qu'il dit (ce qui n'est pas le cas de bien d'autres... fait ce que je dis mais pas ce que je fais) et son cri : Arrêtons de consommer pour le simple plaisir de consommer et adoptons une sobriété salutaire (à commencer par la nourriture) pour l'avenir de notre Monde. Qui connait déjà la pensée de l'auteur ne découvrira rien de nouveau. Il s'agit pour lui de mettre en lumière sa révolte face à la modernité, qu'il considère comme une imposture, son cheminement puis les points d'action prioritaires qui lui semblent nécessaires pour enclencher un changement durable et surtout humain, les moyens concrets et cette prise de conscience qu'il décrit si poétiquement par "ce lieu intime où chaque être humain peut en toute liberté prendre la mesure de sa responsabilité à l’égard de la vie et définir les engagements actifs que lui inspire une véritable éthique de vie pour lui-même, pour ses semblables, pour la nature et pour les générations à venir.”

Vivre dans un respect profond de la terre, de l'environnement dans lequel on vit, et d'éduquer les enfants à se développer, s'épanouir véritablement et non point à être formaté, Pierre Rabhi parle avant tout de la joie de vivre. Etre heureux de vivre, voilà une grande question :  "il s'agit d'habiter chaque chose que l'on fait intensément et avec du sens. Des siècles d'intellectuels se sont posés la question de la vie après la mort, il est temps de se poser la question de la Vie".

Digne d'intérêt et louable, car réaliste et pas si rétrograde qu'on peut l'entendre, même si l'ampleur de la question et plus encore de la solution (des solutions) est aussi grande que la planète ; mais comme tout grand projet ambitieux, il faut retrousser ses manches à plusieurs.

Auteur : Pierre Rabhi (alias Rabah Rabhi - 1938) philosophe, écrivain, romancier et poète français, d'origine algérienne, inventeur du concept "Oasis en toux lieux".

Parution des livres : 2010 et 2011 (Actes SUd - Babel poche)